À propos du potier

Greg Delattre — Dompteur d‘argile

Grégory Delattre, potier-céramiste

Potier-céramiste du nord de la France et ancien illustrateur devenu “dompteur d’argile”, je façonne des pots à bonsaï dans mon atelier depuis que l’argile a croisé ma route en 2011.

Elle s’est invitée dans ma vie par hasard… et n’en est plus jamais repartie.

Mon travail navigue entre tradition japonaise et sensibilité contemporaine.
J’aime expérimenter, chercher, me laisser surprendre — parfois même rater — parce que ces chemins de traverse donnent souvent naissance aux pièces qui me ressemblent le plus.

Grégory Delattre

Fragments d’atelier

Itinéraire d'un éternel apprenti

Un début inattendu

Depuis que je sais tenir un crayon, j’ai toujours voulu être « dessinateur », et je n’ai jamais eu de doute sur la voie qui serait la mienne. Créer a toujours été pour moi une évidence, un besoin vital.

Depuis mon enfance, je me suis essayé à beaucoup de formes d’art, dont celle du bonsaï. J’ai tout naturellement suivi des études d’arts appliqués et obtenu un BTS en Communication et Expression Visuelle.

À la suite de mes études, je suis devenu graphiste-illustrateur en agence, puis graphiste indépendant quelques années plus tard. Il était inévitable qu’un jour on me retrouve avec un bloc d’argile entre les mains.

Même si j’ai eu l’occasion de faire un peu de modelage en école d’art, je n’ai pas eu de formation de potier. Je suis un autodidacte qui a atterri dans l’argile par hasard… En 2011, ma fille reçoit en cadeau un petit tour de potier (un jouet), avec un morceau de terre dont elle eut le malheur de me laisser une partie. Résultat : deux semaines plus tard, je m’étais procuré un pain d’argile et je faisais alors mes premiers pots.

J’ai commencé par hasard,
j’ai continué par curiosité,
je suis resté par passion.

L’apprentissage en solitaire

Les premiers temps, comme tous les débutants, je trouvais ça plutôt facile et accessible. On fait des petits modèles, on ne fait que ce que l’on sait faire, on se laisse guider par l’argile. Puis on commence des pots plus grands, on essaie d’être original, de réaliser des poteries qu’on a vues, et c’est là que les ennuis et les premières casses commencent !

C'est l’argile et les erreurs qui m'ont tout appris. Les premiers temps ont été rudes : pièces qui vrillent, fissurent, cassent, sèchent trop vite ou pas assez… La liste est longue. Je découvrais simultanément la matière, les gestes, les cuissons, et la réalité d’un métier bien plus technique qu’il n’y paraît.

J’ai fait toutes les erreurs possibles, mais ce sont toutes ces erreurs qui me faisaient avancer. Aujourd’hui, quand je fais un geste, une technique, je ne le fais pas parce qu’on m’a dit de faire de cette façon, mais parce que j’ai vécu les conséquences de faire différemment…

Rater, c’est une leçon.
L’échec, c’est quand on n’en retire rien.

Du dessin à la terre : continuer à créer

Le dessin a façonné mon regard, mon sens des proportions, des lignes, des équilibres. Toute ma vie, j’ai construit des images, et pendant vingt ans, ça a été mon métier. Aujourd’hui, je construis des volumes, mais c’est la même envie de créer qui me guide.

Mes premiers pots ont naturellement hérité de mon passé graphique. À l’époque, la plupart des poteries bonsaï étaient plus pratiques qu'artistiques. Ces pots de base, ces contenants, étaient pour moi un support sur lequel je devais exprimer ma sensibilité, une page blanche...

En 2012, j’ai commencé à montrer mes premières pièces. Je m’attendais à de la politesse ; j’ai reçu de l’enthousiasme. Des amis m’en ont demandé, puis des passionnés, puis des personnes que je ne connaissais pas. J’avais prévu de mettre deux ou trois ans pour apprendre tranquillement. La réalité m’a rattrapé, et en mai 2012, je devenais officiellement potier-céramiste. C’était la naissance de Greg-Ceramics.

Pendant trois ans, j’ai cumulé mon métier de graphiste et la poterie. Mais à partir de 2015, la poterie prenant de plus en plus de place, le cumul devenait impossible et un choix s’imposait. Après vingt années, j’ai lâché le crayon pour me consacrer entièrement à la poterie.

Je n’ai jamais eu l’impression d'exercer un métier,
mais juste d’avoir des passions.

Trouver un style… ou être trouvé

Je n’ai jamais cherché à avoir un “style”. Ce mot a un côté figé, définitif, comme si on avait un but précis. Le mien est simple : créer ce que j’ai envie de voir, de toucher, de comprendre.

Mon travail est le croisement de plusieurs influences : la tradition japonaise du bonsaï, mon regard européen contemporain, mon passé d’illustrateur et mes envies du moment. Je n’ai pas une ligne directrice, mais un chemin. Et ce chemin change en permanence.

Je teste des formes, des textures, des teintes. Je m’autorise à sortir du cadre, en me plantant parfois. C’est ce qui me fait progresser et qui rend mon travail passionnant. Une fois que je maîtrise un pot, une forme, je pourrais passer des années à la reproduire et à devenir un “maître du pot carré évasé de 18 cm vert céladon”, mais je ne cherche pas à répéter : je cherche à comprendre, apprendre, découvrir.

Faire un pot pour découvrir une technique.
Refaire un pot pour corriger ses défauts.
Un troisième pour confirmer ses doutes.
Au-delà, c’est se conforter dans une routine.

YouTube : partager pour progresser

En 2012, j’ai démarré ma chaîne YouTube. Au départ, ce n’était qu’un moyen de montrer mon travail. Je voulais surtout montrer à quel point la céramique était difficile, mais c’est tout l’inverse qui s’est produit et mes vidéos motivaient mes spectateurs. Je ne compte plus les fois où l’on m’a dit : « C’est grâce à vos vidéos que je me suis mis à la poterie ! » (Pauvres fous ! Moi qui essayais juste de vous dissuader !)

Pendant dix ans, ma chaîne a compté peu de vidéos, et on me demandait souvent quand j’en sortirais une nouvelle. En 2023, et 4 000 pots plus tard, j’ai décidé de reprendre cette chaîne plus activement et de transmettre ce que j’avais appris.

Mes vidéos montrent beaucoup de gestes, de techniques, mais mon but principal n’est pas de donner des solutions toutes faites. Je veux amener le spectateur à réfléchir, à s’approprier une technique en la comprenant, pas juste en la reproduisant.

Je suis conscient que mes vidéos forment ma propre concurrence. Malgré tout, j’aime faire des vidéos, et devinez pourquoi ? Parce que c’est un art, et comme toutes les formes d’art, je suis irrésistiblement attiré par ce support qui me permet de m’exprimer aussi. Il me permet d’apprendre et d’expérimenter encore de nouvelles choses.

Bien entendu, il ne fallait pas s’attendre à ce que j’allume la caméra et que je mette un plan-séquence en ligne ! Montage, animation, 3D, effets spéciaux, musique, bruitages… une myriade d’univers à explorer.

Expliquer un geste, c’est l’apprendre deux fois.

Un artisan toujours en mouvement

Je continue d’apprendre. Toujours.

Sur les réseaux, ou dans la bouche des personnes que je rencontre, on m’appelle parfois “the Master”, la plupart du temps parce que je les ai initiées à la poterie, ou aidées à progresser. C’est flatteur, mais c’est faux.

Je ne me considère pas comme un “maître potier”, loin de là. Pour moi, un Maître est quelqu’un qui maîtrise, qui a passé sa vie à apprendre quelque chose de très particulier. Or le domaine de la céramique est tellement vaste qu’on ne peut pas “maîtriser la poterie”. On peut tout au plus maîtriser une branche, une niche dans la poterie.

Maitriser, c'est atteindre une perfection. Ma façon de travailler m’empêche de maîtriser quoi que ce soit. Je picore, je survole, je teste, et quand j’ai compris, je passe à autre chose. Jamais je ne maîtrise. Au mieux, je suis polyvalent… et c’est parfait.

Je me sens trop en mouvement pour la maîtrise. Chaque four, chaque pièce, chaque texture, chaque émail peuvent me surprendre encore. Je cherche à prendre du plaisir à faire mon métier. À laisser l’argile, parfois, décider à ma place.

Mon travail est un dialogue entre “Faire” et “Comprendre”.
Le jour où ça deviendra un monologue, il sera temps pour moi d’arrêter.

Conclusion : l’apprenti perpétuel

Après tout ce temps, je me vois toujours comme un apprenti. Pas par modestie forcée, mais parce que l’argile ne s’apprivoise jamais totalement.

J’aime avancer sans que demain ne ressemble à aujourd’hui. Je continue d’apprendre, d’évoluer, et plus j'avance, plus je m'aperçois que je ne sais rien, tant le domaine de la céramique est vaste.

L’histoire continue, un pot après l’autre.

Je cherche, et des fois je trouve…
Je suis déçu, tout le temps…
Je suis surpris et enthousiaste, parfois…
Aujourd’hui, je regarde avec amusement (ainsi qu’avec un peu d’effroi !) les pots de mes débuts, et j’ai hâte de voir mes pots actuels avec ce même regard.